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Auteur Fil de discussion: Stewball  (Lu 2728 fois)
Patrice
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Gib mir Musik!


WWW
« Répondre #8 le: 08 Décembre 2007 - 23:16 »

Désolé, mais je répéte : je parlais des textes de Pierre D. de manière générale, je ne pensais même pas à Hugues Aufray dans mon coup de gueule.

Bon, pour moi, cette discussion est... comme mon nom... Grin Grin Grin

Patrice
Journalisée

Patrice Clos - France (Gard)
Open Folk, folk, country et musiques dérivées. - Leonard Cohen, site francophone.
Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey).
blue grass
Invité
« Répondre #9 le: 08 Décembre 2007 - 23:25 »

J'ai bien compris que ton approche était générale à Propos de Pierre, mais j'ai voulu souligner ici les nuances concernant Hugues puis les sujets de ce topic est bien Focus Francophone : Hugues Aufray. Grin


Citation
Histoire d'une chanson  du fameux Stewball

Stewball est donc venu en France à partir des Etats-Unis. Encore faut-il savoir qu'il est arrivé en Amérique du Nord avec les immigrants irlandais.
On raconte en effet que vers 1790, une course de chevaux eut lieu à Kildare en Irlande et que l'on y vit courir un cheval blanc à taches alezanes appartenant à Sir Arthur Marvel (ou Marble) et une jument grise « Miss Portly », « Miss Griesel » ou « Miss Griselda », selon les versions, appartenant à Sir Ralph Gore. De toute évidence le cheval tacheté, Skewbald, l'emporta, ce qui eut pour effet de réjouir les compositeurs de ballades qui s'attelèrent à la tâche de façon à répandre la nouvelle. Une nouvelle qui réjouissait les Irlandais parce que le cheval qui gagna était d'origine modeste tandis que le perdant appartenait à un riche propriétaire. De plus, on considère qu'un cheval à robe de couleur unie autre que le noir mais tachetée de blanc ou de brun est impropre à la course. Le mot skewbald, en anglais, désigne ce type de cheval tacheté. Martin Carthy, qui a interprété une version de la chanson, explique que, selon ses sources, un cheval de ce type serait venu du New England aux Etats-Unis pour courir en Irlande. D'après lui cela se passait en 1847. Le cheval gagne, contre toute attente. D'abord parce que les Irlandais considéraient que les chevaux américains étaient juste bons pour le cirque et ensuite parce que c'était un « skewbald ».
Sans s'arrêter aux dates, nous pouvons retenir d'où vient le nom qui sera transformé en Stewball par la pratique populaire. Nous pouvons aussi retenir que dans l'histoire des courses irlandaises, un cheval de ce type a gagné et que ce fut une sorte de symbole de la victoire du faible sur le fort, du modeste sur le riche, symbole essentiel dans l'histoire de l'Irlande. Quant aux dates, on sait au moins qu'une version de la chanson a été publiée à Londres en 1822 et que la première version américaine fut publiée en 1829.

La chanson n'est guère beaucoup chantée en Irlande. Son principal défenseur est Andy Irvine qui en a réécrit les paroles, sous le titre « The plains of Kildare », tout en respectant l'histoire. Il l'a chantée seul, avec Paul Brady ou encore avec le groupe Patrick Street. Sa version a cependant laissé des traces, notamment dans le répertoire du groupe folk rock Tempest. L'Angleterre connaît quelques très belles versions, sous le titre « Skewbald », qui dérivent toutes de celle qui fut chantée par le chercheur et collecteur Albert Lloyd. On reste proche de la chanson irlandaise telle que chantée par Irvine et celui-ci cite d'ailleurs Lloyd autant que le chanteur dublinois Frank Harte parmi ses sources.
On y décrit les deux chevaux et leurs propriétaires ; on y parle des sommes pariées et de la folle course qui s'en suit. Les chevaux vont si vite qu'on pourrait penser qu'ils ne touchent pas le sol. Puis à mi-course, Stewball et son cavalier se mettent à discuter et le cheval demande où en est la jument grise. Le cavalier lui répond qu'elle est un demi-mile derrière eux. Ils gagnent donc rapidement et commandent force sherry, vin et brandy qu'ils boivent ensemble à la santé de la jument. On notera cette allusion à l'alcool nécessaire pour arroser cette victoire. Il faut aussi relever le fait que l'autre cheval est, dans la plupart des versions, une jument grise. Or, il existe un dicton populaire anglais qui dit : « the grey mare is the better horse » ; ce qui, traduit en français, correspond à notre « c'est la femme qui porte la culotte ». Quand on voit comment se termine cette chanson, on peut penser qu'il y a là aussi une connotation symbolique. Y aurait-il une revanche « domestique » de l'homme sur la femme cachée sous cette histoire de course de chevaux ?

La première est le chemin qu'a suivi le chant dans les communautés afro-américaines qui ont dû le capter sur les plantations du sud et qui l'ont utilisé à leur manière comme chant de travail. Curieusement Stewball est devenu un chant à réponses lancé par un leader et repris par un chœur sur un rythme scandé qui permet l'accompagnement d'un travail à la houe ou à la hache. John Lomax, son fils Alan, Harry Oster et Dave Evans en ont enregistré différentes versions dans les pénitenciers du sud des Etats-Unis, soit en Louisiane, au Mississippi, au Texas et au Tennessee. Les Lomax qui en ont publié une version dans leur livre « American ballads and folk songs » expliquent que c'est la plus répandue des « chain-gang songs » de ces États. Il semble en effet que les prisonniers enchaînés pour le travail en groupe aimaient particulièrement chanter une histoire de course de chevaux et de duel entre Stewball et une jument grise. Ces versions diffèrent d'un enregistrement à l'autre mais on y retrouve ici et là quelques éléments essentiels. D'abord l'envie de parier et de gagner, de devenir libre avec cet argent. Ensuite on retrouve déjà souvent l'idée que tous parient sur un autre cheval, en général la jument grise ou un cheval blanc appelé Molly, mais pas sur Stewball.

« You could win you lots of money
on that noble grey mare »

Il y est pourtant dit que Stewball a souvent, si pas toujours, gagné. Mais on parie sur l'autre et c'est évidemment Stewball qui gagne. On voit aussi apparaître une allusion à la mort de Stewball, mais après sa victoire. On dit également qu'il pourrait trébucher. On nous parle souvent, dans ces versions, d'un Stewball blanc que l'on aurait peint en rouge ! Enfin, pour la première fois, comme le montre l'un des textes relevés par les Lomax, on dit que Stewball ne buvait jamais d'eau mais toujours du vin ! Autant d'éléments qui nous montrent une symbolique riche, fréquente dans la ballade populaire véhiculée et donc transformée par la tradition orale. Chacun y ajoute ses références.
Des prisons du Sud, la ballade a fait son chemin dans le répertoire de quelques bluesmen. Leadbelly le chantait avec Woody Guthrie, Sonny Terry et Cisco Houston, tandis que Memphis Slim et Willie Dixon se partageaient une autre belle version. Il y est dit que Stewball est un cheval noir et aveugle. Et c'est ici aussi qu'arrive cette magnifique image disant qu'il courait si vite que son ombre restait loin derrière lui. C'est à croire que le dessinateur Morris avait entendu cette chanson avant de dire que Lucky Luke est le seul qui tire plus vite que son ombre. Ces versions disent qu'il faut miser sur Stewball et qu'on pourrait gagner. C'est ici aussi qu'on voit la jument, ou Molly, trébucher et chuter, laissant Stewball gagner.
Woody Guthrie adapte d'ailleurs sa propre version qui devient une sorte de condensé intelligent de la ballade irlandaise et du chant de travail afro-américain. Cette version servira sans aucun doute de charnière dans l'étape suivante des aventures de Stewball aux Etats-Unis.
En effet, si la chanson a fait un sacré bout de chemin dans les communautés noires, elle a évolué parallèlement dans celles des émigrants venus d'Europe et des personnages clés comme Leadbelly et Woody Guthrie ont, une fois de plus, fait les liens entre les uns et les autres. Du côté « blanc », on sent encore l'influence du chant des plantations ou des prisons dans l'interprétation de chanteurs comme les Weavers ou Robert Earl Keen Junior. Si l'on observe ce qui se passe en Grande-Bretagne, on voit d'ailleurs que le chanteur anglais qui surfa sur la vague skiffle, Lonnie Donegan, donne une version très noire de Stewball. Quand on sait l'influence qu'exerça sur lui le grand Leadbelly, on comprend ce choix. Alors que Joan Baez interprète une superbe version qui est beaucoup plus proche de celle de Woody Guthrie et des origines irlandaises.

Mais à l'époque où le folk passe sur le devant de la scène grâce à quelques groupes qui le commercialisent avec une certaine bonhomie, on découvre une sorte de version un peu hybride qui emprunte divers éléments aux versions précédentes. C'est l'œuvre intelligente de quelques paroliers qui ont compris le parti que l'on pouvait tirer de la tradition lorsqu'on osait simplement la réécrire un tant soit peu. Ralph Rinzler, Bob Yellin et John Herald, trois membres du groupe de bluegrass les Greenbriar boys signent un texte qui sera repris par les Hollies en Angleterre, Peter Paul & Mary aux USA, le trio Mitchell aux USA également et finalement Joan Baez qui, tout en créditant les trois auteurs, en chante quand même une version plus élaborée et plus complète. Mais les trois comparses avaient signé une version sympathique qui commençait avec cette fameuse phrase :

« Old Stewball was a racehorse
and I wished he was mine
he never drank water
he always drank wine »

Une fois de plus, c'est lui qui gagne et le narrateur se lamente parce qu'il a parié sur la jument grise et sur un cheval bai.

Enfin, il existe une troisième voie prise par cette ballade aux USA et qui semble avoir fait son chemin dans la musique bluegrass d'abord.

On se demande d'ailleurs pourquoi la version d'Hugues Aufray a inversé les rôles au point de faire de Stewball un martyr alors qu'il était un symbole de revanche sociale !
Etienne Bours
« Dernière édition: 26 Décembre 2007 - 19:39 par blue grass » Journalisée
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